Acheter palestinien, c’est soutenir une économie de résistance !
le 24 juillet 2026 par Fédération Artisans du Monde
le 24 juillet 2026 par Fédération Artisans du Monde
Comment l’économie peut-elle devenir un outil de domination ? Comment les producteur·rices palestinien·nes continuent-ils et elles à vivre et à travailler malgré les obstacles qui entravent leur quotidien ? Et surtout, comment les citoyen·nes français·es peuvent-ils et elles agir concrètement en faveur de la justice économique et des droits du peuple palestinien ?
C’est autour de ces enjeux que la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine et Artisans du Monde ont organisé le webinaire « Économie palestinienne : asphyxie coloniale et enjeux de résistance », qui s’est tenu le 19 janvier 2026. En réunissant des spécialistes des droits humains et des acteurs et actrices du commerce équitable palestinien, cette rencontre a permis de mettre en lumière les mécanismes économiques discriminants, mais aussi les formes de résistance mises en œuvre par les communautés palestiniennes dans la défense de leurs terres, de leurs activités et de leur dignité.
Une économie à deux vitesses
Pour Wesam Ahmad, chercheur et défenseur palestinien des droits humains, l’occupation israélienne ne se limite pas à une présence militaire ou sécuritaire. Elle s’appuie également sur un système économique qui contribue à l’affaiblissement progressif de l’économie palestinienne.
Cette logique repose sur un double dynamique : d’un côté, l’étranglement progressif de l’économie palestinienne ; de l’autre, le développement des colonies. Les terres sont confisquées, l’accès à l’eau est limité, les déplacements sont restreints, les infrastructures sont fragmentées et l’accès aux marchés internationaux est constamment entravé pour les producteurs et productrices palestinien·nes. Pendant ce temps, les colonies israéliennes bénéficient de subventions, d’infrastructures développées, d’un accès privilégié aux ressources naturelles ainsi qu’aux marchés internationaux et européens. Ce système, structuré par l’occupation, fragilise progressivement la capacité des Palestinien·nes à vivre de leur travail et à demeurer sur leurs terres.
Quand le commerce international nourrit les colonies
Le rôle du commerce international est central dans ce système économique colonial. Les produits issus des colonies illégales sont encore exportés et commercialisés à l’étranger sans sanctions spécifiques – alors même que les Etats ont l’obligation de ne pas aider la colonisation israélienne par leurs relations commerciales, selon le jugement de la Cour Internationale de Justice en 2024. Chaque produit vendu contribue à renforcer l’activité économique des colonies en créant des emplois, en attirant de nouveaux investisseurs et en consolidant leur développement.
Une autre économie est possible
Les producteurs et productrices palestiniennes ne sont pas resté·es inactif·ves face à cette réalité : ils et elles continuent à produire, à innover et à développer des solutions économiques malgré les nombreuses contraintes. Le commerce équitable crée des chaînes solidaires d’export et de commercialisation des produits palestiniens pour soutenir les producteurs et productrices qui tentent de maintenir des activités économiques locales et de préserver un lien avec leurs terres.
Al Reef : plus de trente ans d’engagement auprès des agriculteurs et agricultrices palestiniennes
Al Reef Fair Trade est une organisation palestinienne créée en 1993 par le Palestinian Agricultural Relief Committees (PARC) pour commercialiser les produits des agriculteurs et agricultrices palestinien·nes sur les marchés locaux et internationaux dans des conditions équitables. Membre de l’Organisation mondiale du commerce équitable (WFTO), Al Reef travaille aujourd’hui avec des partenaires dans de nombreux pays afin de garantir des débouchés durables aux producteur·rices palestinien·nes.
Pour Hala Hamza, responsable des relations internationales d’Al Reef, il ne s’agit pas simplement de commerce. Dans le contexte que vivent les Palestinien·nes actuellement, c’est une mission politique. Les agriculteur·rices palestinien·nes sont confronté·es à l’appropriation et la fragmentation de leurs terres par les colonies israéliennes, le détournement des ressources en eau, et les attaques répétées des colons israéliens sur leurs terres et leurs cultures.
« Les producteur·rices palestinien·nes ont du mal à commercialiser leurs produits sur le marché palestinien, car les colonies israéliennes ont parfois pour stratégie d’inonder les marchés palestiniens de produits bon marché, comme les dattes Medjool qu’elles produisent dans leurs colonies. C’est pourquoi il est important qu’Al Reef offre des prix équitables aux agriculteurs et agricultrices, afin de les encourager à continuer de produire pour assurer leur subsistance et renforcer leur résilience sur leurs terres. »
Produire malgré les obstacles
Le témoignage du Dr Mohammed Hmidat, directeur général d’Al Reef, a illustré les difficultés auxquelles les producteurs et productrices palestiniennes sont confronté·es au quotidien et les stratégies d’adaptation mises en place.
Tout d’abord, l’accès à la terre et à l’eau sont des enjeux majeurs pour la production agricole palestinienne. Al Reef accompagne les agriculteurs et agricultrices dans ces étapes préalables à la récolte : en les aidant à mettre en place des plantations, à remettre en état les terres, à construire ou à ouvrir des chemins agricoles afin qu'ils et elles puissent accéder à leurs terres et les cultiver, à gérer le manque d’eau grâce à la collecte des eaux de pluie pour les utiliser à des fins agricoles. Pour lui, la commercialisation des produits palestiniens est très importante pour « donner aux agriculteurs et agricultrices palestiniennes les moyens de rester sur leurs terres, car s'ils et elles tirent des revenus de leurs terres, ils et elles peuvent rester, les cultiver et s'y installer durablement. »
Les producteurs et productrices palestiniennes doivent ensuite faire face à des difficultés d’approvisionnement en intrants agricoles. Al Reef a trouvé des alternatives biologiques pour contourner ces obstacles : « Dans le secteur des dattes, auparavant, toutes les entreprises de conditionnement utilisaient des produits de fumigation pour éliminer les insectes susceptibles d’endommager les dattes dans les champs. Aujourd’hui, comme il est interdit et difficile de se procurer ces pesticides, chez Al Reef, nous avons mis au point un procédé de traitement thermique. Immédiatement après avoir chauffé les dattes, nous les envoyons en congélation à -18 degrés afin d’éliminer les insectes et leurs œufs tout en préservant la qualité du produit. Il s’agit là d’un exemple concret des techniques que nous utilisons pour respecter les normes internationales de production. »
Un autre obstacle concerne les entraves à la liberté de circulation des biens et des personnes. Les producteurs et productrices, de même que les équipes salariées d’Al Reef, doivent passer par un grand nombre de points de contrôle (« checkpoints ») susceptibles de bloquer leurs déplacements ou le transport des marchandises, ce qui entraîne de nombreux retards.
« Il nous arrive parfois d’être contraints de transporter les marchandises à travers les montagnes, ou d’utiliser des vélos ou des voitures pour gagner du temps. Une fois les produits arrivés dans nos installations, où nous les transformons et les conditionnons, nous devons nous assurer de la présence des employé·es. C'est pourquoi, dans chaque site, nous disposons d'un lieu de couchage pour le personnel, afin qu'ils et elles puissent dormir sur leur lieu de travail si le poste de contrôle est fermé. Nous agissons ainsi pour garantir la sécurité de nos employé·es et assurer la continuité de la production. »
Enfin, un autre obstacle concerne les exportations : il est interdit d’amener le conteneur à l’entrepôt pour y charger directement la marchandise.
« Nous sommes donc contraints de disposer les marchandises sur une palette d’une hauteur maximale de 60 cm, alors que la hauteur du conteneur est de 230 cm. Cela nous fait perdre la moitié de l’espace du conteneur, qui reste vide. Nous payons donc le double pour les exportations, l’assurance, le transport et tout le reste.
Après le chargement des marchandises, nous devons attendre entre une semaine et dix jours pour obtenir l’autorisation de faire embarquer ces produits. Nous devons faire venir un camion immatriculé en Palestine pour transporter les palettes et les acheminer sur quelques kilomètres jusqu’à un poste de contrôle commercial situé près de Ramallah. À ce poste de contrôle, tous les produits doivent être inspectés et déchargés du camion palestinien pour être contrôlés par le personnel de sécurité, puis rechargés dans un camion israélien afin d’être expédiés à l’étranger. »
Les efforts et le travail des agriculteurs et agricultrices palestinien·nes, des travailleurs et travailleuses des coopératives et des salarié·es d’Al Reef pour garantir la continuité de la production constituent donc un véritable acte de résistance face aux mécanismes de marginalisation et d’oppression liés à l’occupation.
Les femmes, actrices essentielles de la résilience économique
Le commerce équitable joue également un rôle important dans l’autonomisation économique des femmes. Al Reef accompagne plusieurs coopératives féminines qui transforment des produits agricoles locaux, notamment à travers la fabrication artisanale de couscous. Ces activités créent des emplois, génèrent des revenus complémentaires et permettent à de nombreuses femmes de participer activement à la vie économique de leur communauté, tout en préservant des savoir-faire traditionnels qui font partie du patrimoine culinaire palestinien.
Acheter palestinien : un acte concret de solidarité
En choisissant une bouteille d’huile d’olive palestinienne, des dattes, du couscous ou un produit artisanal dans un magasin spécialisé commerce équitable, comme les boutiques Artisans du Monde, on ne fait pas qu’un simple achat : on soutient des agriculteurs et agricultrices, des coopératives de femmes et des communautés rurales opprimées pour leur donner les moyens de continuer à produire sur leurs terres.
Soutenir l’économie palestinienne et ne pas contribuer à celle des colonies en application du droit international constituent deux démarches complémentaires. Ensemble, elles participent à une autre vision du commerce, où celui-ci devient un vecteur de dignité, de justice et de résistance, et non un simple échange marchand.
Pour aller plus loin :
→ Regarder le replay du webinaire « Économie palestinienne : asphyxie coloniale et enjeux de résistance »
→ Relayer la campagne d’interpellation des député·es de la Plateforme Palestine : soutenez la proposition de loi interdisant le commerce avec les colonies israéliennes
Ce site utilise des cookies pour mesurer l’audience et vous offrir la meilleure expérience. En poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres, vous acceptez leur utilisation. En savoir plus J'accepte